La licorne, entre mythe et légende

18 Août 2020Mythes0 commentaires

De l’antiquité à nos jours, la licorne a beaucoup voyagé, dans les esprits des naturalistes ou des artistes, et par le monde, de l’Occident à l’Orient. Si tu veux savoir comment se définit une licorne, ce qu’elle symbolise, si tu veux connaître son histoire riche et fascinante, d’hier à aujourd’hui, sers-toi un cocktail licorne et viens écouter l’histoire de ce cheval mythique et légendaire.

La définition de la licorne

La licorne, cheval fantastique à la longue corne érigée sur le front, est décrite par la légende comme un animal solitaire, vivant au cœur des forêts. Elle n’a pas toujours été cet équidé échevelé d’arc-en-ciel, à la gentille frimousse que tu trouves sur ton oreiller ou ton mug tous les matins. Dans les temps anciens, sa grâce et sa puissance étaient sauvages. Son tempérament et ses vertus magiques féroces. En ce temps-là, rien ni personne ne l’auraient amenée à te servir de chaussons ou de lampe de chevet, tout jolis soient-ils.

Son nom d’origine était grec : monocéros. Puis ce fut le nom latin unicornis, signifiant “à une seule corne”, comme monocéros. Unicorne est le nom qu’ont gardé les Anglais et qui découle donc du français. Chez nous, le terme se serait ensuite transformé au XIVe siècle via l’italien l’alicorno, avant de se finaliser en licorne.

La symbolique de la licorne

La charge symbolique de cet animal est puissante et riche. Son caractère loyal, fier et chaste en fait l’emblème héraldique préféré des chevaliers. Elle figure d’ailleurs sur les armoiries de l’Angleterre, en présence d’un lion. La Bible considère ce symbole de pureté et de puissance, cette solitude monacale ainsi que l’image de rayonnement solaire de la corne, comme une allégorie du Christ. Nocturne, sylvestre et lunaire, elle est liée au féminin, tandis que sa corne, attribut symboliquement viril, évoque le masculin. Elle contient donc la dualité universelle : masculin et féminin, mais aussi fécondité et virginité, ciel et terre, soufre et mercure. Par ces deux métaux et par sa corne qui décèle l’impur et neutralise les poisons de l’eau, elle est l’emblème privilégié des Alchimistes, ces chercheurs de la pierre philosophale. De son côté, Carl Gustav Jung voit dans l’ambivalence de l’animal légendaire le conflit de la psyché humaine, entre conscient et inconscient.

Les origines de la licorne

Née des récits disparates des voyageurs et des naturalistes ainsi que de l’esprit des artistes, elle a figuré dans les recueils animaliers au milieu d’animaux existants, car jusqu’au XVIIe siècle, on ne doute pas de sa réalité. Au fil du temps, son tempérament et son corps se transforment de caprin à équin, des tapisseries aux dessins animés.

Le monocéros de l’antiquité

Le plus ancien récit connu est l’ Histoire de l’Inde du VI e siècle av. J. – C. L’historien grec Ctésias y décrit, des monocéros comme « des ânes sauvages de la grandeur des chevaux, et même de plus grands encore. Ils ont le corps blanc, la tête couleur de pourpre, les yeux bleuâtres, une corne au front longue d’une coudée. La partie inférieure de cette corne, en partant du front et en remontant jusqu’à deux palmes, est entièrement blanche ; celle du milieu est noire ; la supérieure est pourpre, d’un beau rouge, et se termine en pointe. On en fait des vases à boire. Ceux qui s’en servent ne sont sujets ni aux convulsions, ni à l’épilepsie, ni à être empoisonnés […] . Le cheval, ni aucun autre animal, ne peut l’atteindre » . Par la suite, les récits de voyageurs s’entrecroisent entre bêtes réelles et fables entendues. Ainsi, sous la plume de Pline l’Ancien au 1er siècle : « La bête la plus sauvage de l’Inde est le monocéros ; il a le corps du cheval, la tête du cerf, les pieds de l’éléphant, la queue du sanglier ; un mugissement grave, une seule corne noire haute de deux coudées qui se dresse au milieu du front. On dit qu’on ne le prend pas vivant. » , ne serait-ce pas un rhinocéros ?

L’unicorne du Moyen-Age

Tout au long de l’époque médiévale, l’unicorne ressemble à une chèvre à corne unique, avec sa petite taille et ses pieds fendus. C’est le bestiaire chrétien de référence, Le Physiologus qui va fixer pour quelque temps cette apparence. Il mentionne « Un petit animal qui ressemble au chevreau, et qui est tout à fait paisible et doux. Il porte une corne unique au milieu du front. Les chasseurs ne peuvent l’approcher à cause de sa force.» Une force considérable, si l’on en croit Guillaume Le clerc de Normandie (XIIIe siècle) ,puisqu’il « s’attaque à l’éléphant avec son sabot dur et tranchant. […] Le frappe comme une lame sous le ventre et l’éventre entièrement. C’est le plus redoutable de tous les animaux qui existent au monde, sa vigueur est telle qu’elle ne craint aucun chasseur» . L’unique technique pour la capturer va alors marquer fortement les esprits, car beaucoup d’ouvrages y font référence : une jeune fille vierge sert d’appât, près de qui la licorne viendra se coucher, avant de se faire transpercer par les chasseurs. L’esprit de l’amour courtois est là, la licorne rappelant le Chevalier qui tombe aux pieds de la belle, foudroyé d’amour. Le caractère farouche et indomptable de la bête transparaît aussi dans plusieurs versions du Déluge : refusant de rejoindre l’Arche de Noé, la fière nage seule quarante jours, laissant les oiseaux se reposer sur sa corne, jusqu’à ce que le poids de l’aigle la précipite, épuisée, au fond de l’eau où elle se noie. Dans le Talmud, elle survit en se transformant en narval.

La licorne de la Renaissance

Notre licorne est devenue plus cheval que chèvre et au début de la Renaissance, on y croit toujours dur comme fer. Elle a grandit, perdu peu à peu ses sabots fendus et sa barbichette. Sa corne prend une grande importance, car on lui attribue des pouvoirs magiques. On s‘intéresse aussi de plus près à cet animal ambivalent, androgyne doux et féroce, tendre et cruel. Les romans, les récits d’explorateurs et les ouvrages savants foisonnent à son sujet. Les célèbres tapisseries de La chasse à la licorne ou celles de La dame à la licorne la mettent en scène avec talent. Pendant ce temps, la corne de l’animal, se vend une fortune pour ses vertus supposées. Anti-poisons et purificatrice d’eau, elle devient l’un des remèdes les plus chers et les plus réputés jusqu’au XVIe siècle. Jusqu’à ce que la preuve incontestable soit faite que cette corne est en fait une dent de narval, mammifère marin bien réel mais pas magique du tout. Ça calme un peu tout le monde et la licorne sort alors de la réalité pour gagner les rives mystérieuses du pays parallèle.

La licorne contemporaine

S‘en suit un long passage romantique où le cheval majestueux hante les forêts de l’univers New-age et fréquente assidûment l’ésotérisme en compagnie des fées et les dragons. Les auteurs fantastiques, tels Lewis Caroll et les Frères Grimms ne manquent pas de la convoquer, ainsi que Gustave Flaubert : « J’ai des sabots d’ivoire, des dents d’acier, la tête couleur de pourpre, le corps couleur de neige, et la corne de mon front porte les bariolures de l’arc-en-ciel. Je voyage de la Chaldée au désert tartare, sur les bords du Gange et dans la Mésopotamie. Je dépasse les autruches. Je cours si vite que je traîne le vent. Je frotte mon dos contre les palmiers. Je me roule dans les bambous. D’un bond, je saute les fleuves. Des colombes volent au-dessus de moi. Une vierge seule peut me brider. » La tentation de saint Antoine.

Progressivement, durant le XXe, la personnalité riche et forte de la licorne se dilue quelque peu. Via la littérature, le cinéma fantastique, voire les jeux de rôle, la culture populaire a pris la relève des légendes, la bête est devenue douce et inoffensive. Au cours des années 80, les récits enfantins et simplistes du style de My little Pony la réduisent même à une imagerie sirupeuse et fade. Depuis le XXIe siècle enfin, la licorne a pris des couleurs, fréquentant de trop près l’arc-en-ciel. Elle fait l’objet d’une passion qui fait fleurir sur son passage des produits à son effigie, naïfs ou décalés : objets de décoration, jouets, accessoires et articles divers. 

Les autres unicornes

En dehors de notre élégante licorne, il est d’autres animaux qui rejoignent le bestiaire fantastique des unicornes : le qilin chinois ; le kirin japonais ; le camahueto chilien ; l’indrik russe, les karkadann et shadhahvar perses ; le pirassoupi d’Arabie ; le re’em de la bible ; l’alicorne musulmane, pourvue d’ailes ; le tragelaphus d’Aristote ; le kartazonos d’Inde ; le camphruch, la version aquatique, le préhistorique elasmotherrium ou licorne géante et sans doute bien d’autres.

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